Psychopathologie : TD n°1

Les disfonctionnements des relations précoces

La psychopathologie spécifique de l’enfant est récente (après-guerre). La clinique du bébé est difficile car il faut se former à observer l’enfant.

Interactions parent / enfant :

On parle de dyade mère / enfant ou de triade père / mère / enfant. Les interactions sont réciproques et l’enfant est actif dans cette interaction (Lebovici, Lamour). L’interaction mère / nourrisson est le processus par lequel la mère entre en communication avec son bébé en lui adressant certains messages, le nourrisson répondant à ceux-ci par ses moyens propres. Ces moyens sont à la fois verbaux et extra-verbaux.

Dans le 9ème mois de grossesse, le bébé ne fait que prendre du poids et il peut donc déjà avoir des interactions. Le vécu de la mère pendant la grossesse est très important (tout ce qui peut être dit par les médecins peut avoir un impact sur la mère par exemple). On parle de transparence psychologique (Bydlonski).

Dès la naissance, les interactions se mettent en place. On en distingue trois types.

Interactions comportementales :

Tenue et position :

C’est la manière dont la mère (ou le père) tient et manipule le bébé, et la façon dont celui-ci réagit. On parle de dialogue tonique. C’est aussi la manière dont le parent est sensible aux manifestations de confort et d’inconfort du bébé et la réponse qu’il leur donne. On peut aussi se poser la question de savoir si la bébé est tendu ou pas (hyper ou hypotonique). Le contact peau à peau fait aussi partie du dialogue tonique.

Interactions visuelles :

L’échange de regard constitue un moyen privilégié de communication entre la mère et le nourrisson. Les nouveaux-nés tentent très tôt de fixer le regard de la mère. Il y a beaucoup de variation personnelle (fixation, évitement, pas de fixation particulière). Ce regard mutuel renvoie des sentiments très forts et renforce la confiance de la mère dans ses capacités maternelles (il lui donne l’impression d’être reconnue par son bébé). Ce que le bébé perçoit dans le visage de sa mère est une image de lui-même (Winnicott : le visage de la mère est le précurseur du miroir). Ce regard mutuel facilité donc la construction de l’image de soi du nourrisson.

Interactions auditives et langagières :

A ce stade (nourrisson) on parle seulement de prélangage du bébé (vocalises) mais il permet déjà un véritable échange avec la mère. Les interactions auditives sont la façon dont la mère réagit aux manifestations (rires, cris, pleurs, babillement etc.) du bébé. Le rythme, la prosodie, l’intonation, sont aussi importants que la signification des mots de la mère.

(On peut aussi noter les interactions olfactives avec reconnaissance par le bébé de l’odeur de sa mère).

Interactions affectives :

Les affects sont présents dans toute communication mère / bébé. Les expressions d’affect sont très précoces chez le bébé avec une grande variété d’expressions (angoisse, joie, colère). Inversement, le nourrisson est capable de percevoir les affects éprouvés par sa mère et peut les reprendre à son compte en s’identifiant en miroir aux affects maternels (expérience de « still face » où la mère apparaît figé devant son bébé et où on constate une certaine désorganisation de celui-ci).

L’accordage affectif (Stern) fait partie de l’expression affective. Il consiste à la reprise en miroir de la mère des expressions du bébé en les accentuant et en ajoutant éventuellement des modalités sensorielles supplémentaires (voix, chant, etc.). Cette communication traduit les affects des partenaires. Il y a partage des affects, plaisirs partagé et éveil de l’enfant à la communication avec l’autre en lui faisant comprendre qu’il peut partager ses sentiments. On parle d’accordage unimodal (dans le même mode de communication) et d’accordage transmodal (quand la mère introduit d’autres modalités sensorielles).

Interactions fantasmatiques :

Le fantasme est une production imaginaire inconsciente où se met en scène le désir inconscient du sujet. L’activité fantasmatique prend sa source dans les couches les plus profondes de la vie psychique. Elle est fortement réactivée chez la jeune mère. Cette activité est due à l’intense activité pulsionnelle du bébé et surtout à tout ce qu’il représente pour la mère. Cette activité fantasmatique va imprégner le comportement et le discours de la mère (à son insu en général). Par exemple, durant l’allaitement se jouent énormément de choses (si on observe le comportement de la mère). Il est plus difficile de comprendre l’activité fantasmatique du bébé (renvoie aux origines de la vie psychique, très discutées) mais on pense qu’elle se développe en lien avec celle de la mère.

Autres notions :

Les trois fonctions maternantes selon Winnicott :

-          Holding : portage de l’enfant. Un holding correct permet un sentiment d’unité de soi.

-          Handling : soins apportés à l’enfant qui ont pour effet de lier le vécu corporel au vécu psychique.

-          Object presenting : action de présenter personnes ou objets à l’enfant. La période de l’object presenting correspond souvent au moment où la mère sort de sa préoccupation maternelle primaire et est donc plus tournée vers l’extérieur.

Notion de compétences :

Chaque bébé a des compétences différentes. Brazelton a mis au point une échelle des compétences du bébé pour apprécier les différences individuelles des bébés et ainsi mieux les connaître pour mieux les observer.

Les trois organisateurs selon Spitz :

-          Le sourire relationnel au visage humain (2 mois) est une réponse à un visage qui n’est plus seulement celui de la mère.

-          L’angoisse du 8ème mois consiste à remarquer comment l’enfant réagit en présence d’étrangers, et souvent, en absence de la mère, il y a manifestation d’angoisse. L’image maternelle a été intériorisée.

-          Le « non » (18 mois) correspond à la capacité de distinction avec la mère, la capacité de s’opposer et est une réelle entrée dans les interactions sociales.

Disfonctionnements / troubles des interactions précoces :

Les interactions peuvent être perturbées soir à cause des comportements de la mère, soit du nourrisson, même si les deux sont liés. Il peut y avoir un excès de stimulations de la part de la mère, ne laissant ainsi pas assez de moments de repos pour le bébé, ou au contraire un manque de stimulations dans le cas de dépression maternelle (souvent masquée) par exemple. Elle se traduit souvent par une pauvreté interactive et le bébé s’appauvrit aussi ou alors essaie de stimuler la mère (agitations, troubles du sommeil par exemple). La qualité de l’interaction peut aussi être mauvaise (mère « chaotique »).

Du côté de l’enfant, la souffrance est souvent exprimée par des troubles somatiques (psychosomatiques : manifestations par le corps, infections à répétition) ou des troubles des grandes fonctions (sommeil, alimentation).

 

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