Psychologie différentielle : CM n°9

Processus et stratégies cognitives :

Un processus est toutes les opérations qui permettent de comprendre les informations et de les utiliser dans un but précis. On peut avoir des processus de sélection de l’information, de mémorisation, de comparaison, par exemple.

Les stratégies cognitives décrivent la nature des opérations (processus) ou l’ordre dans lequel ces opérations sont effectuées pour atteindre un même but. Il existe des différences individuelles de stratégie lorsque les individus font des choix différents.

En psychologie différentielle, l’étude des processus se fait dans un cadre théorique pour partir des modèles généraux et étudier les variations : approche intégrée.

Exemple du modèle de la vicariance (Reuchlin, 1978) :

Chaque individu dispose d’un ensemble de processus parmi lesquels il choisit celui ou ceux qu’il va employer pour exécuter une tâche ou résoudre un problème. Les modèles généraux décrivent la voie la plus fréquemment utilisée mais pas les autres : ils ne décrivent donc pas les différences individuelles. Cette possibilité de choix va entraîner une variabilité inter-individuelle mais aussi une variabilité intra-individuelle (la vicariance). Cette vicariance rend compte des changements de la nature ou de l’ordre des processus utilisés chez un même individu pour une situation identique.

D’après Reuchlin, il y a plusieurs critères de choix d’un processus :

-          Son évocabilité : renvoie à l’idée de hiérarchisation des processus pour une situation donnée. Cette hiérarchie est établie en fonction de caractéristiques individuelles plus large comme le niveau d’aptitude cognitive, l’expérience du sujet.

-          Coût cognitif : chaque opération représente un coût cognitif, plus ou moins grand, qui est déterminé par la probabilité de réussite du processus (moins coûteuse quand cette probabilité est élevée), le temps de mise en place et d’utilisation du processus (moins coûteuse quand le temps est court) et le degré d’automatisation du processus (moins coûteuse plus c’est automatisé).

-          Effet du renforcement : si un processus a été utilisé et a donné satisfaction (d’une façon ou d’une autre), il sera plus utilisé. Il s’agit ici d’un renforcement positif mais il peut aussi y avoir renforcement négatif (l’inverse).

Les indices quantitatifs pour étudier les processus et les stratégies :

Il s’agit de toutes les variables dépendantes se prêtant à un classement des sujets en vue d’un traitement statistique (tests avec aux taux d’erreurs et de bonnes réponses, manipulations avec études des déplacements, cubes de Kohs par exemple).

Exemple du paradigme de Posner :

Condition

1ère lettre présentée

2ème lettre présentée

Réponde attendue

Même format

A
a

A
a

Oui

Formats différents

A
a

a
A

Oui

A
a

B ; b

B ; b

Non

On mesure les temps de réponse. Dans la première condition, une comparaison suffit, contrairement à la deuxième condition. Si le temps de traitement dans la condition « même format » est inférieur à celui de la condition « formats différents », on fait l’hypothèse que c’est un traitement de codage visuel qui est utilisé. Si les temps de traitement sont identiques, on fait l’hypothèse d’un codage verbal. On distingue ainsi deux catégories de sujets : les premiers utilisent plutôt un codage verbal et on trouve une corrélation forte avec les scores aux tests d’aptitude verbale alors que les seconds utilisent plutôt un codage visuel et on trouve une corrélation faible avec les scores aux tests d’aptitude verbale.

Approche corrélationnelle de Hunt (1982) :

Hunt travaille sur des groupes contrastés (groupes construits en fonction de leur niveau de performance dans une tâche donnée) et concentre une partie de ses recherches sur le lien entre aptitude verbale et processus de traitement de l’information. On présente une liste de 2 à 4 syllabes sans sens, prononçables et qui peuvent être associées, ou non, pour former un mot (mais les sujets ne le savent pas). On demande d’apprendre les listes de syllabes avec rappel différé (lecture de chiffres à voie haute entre chaque liste). On mesure le pourcentage de rappel des syllabes non-associables et celui des syllabes associables. On constate une différence importance entre forts et faibles en verbal au niveau du pourcentage de rappel des syllabes associables : les forts en verbal ont associé les syllabes pour former des mots et ainsi mieux se souvenir des syllabes. Ils sont plus performants dans le codage sémantique. On ne constate pas de différence pour les syllabes non-associables : il n’y a pas de différence de capacité mnésique (empan) entre forts et faibles en verbal (confirmé par les résultats d’Underwood en 1978 sur des tests de mémoire).

Les indices qualitatifs pour étudier les processus et les stratégies :

Il ne permettent pas le classement des sujets mais leur regroupement. Les indices considérés comme les plus intéressants sont les verbalisations (à priori, concomitantes c'est-à-dire pendant la tâche ou à posteriori).

Exemple de Sternberg et Weil (1980) : Syllogismes (tests de raisonnement logique) :

Exemple d’énoncé : « Paul est plus petit que Pierre. Paul est plus grand que Jacques. Qui est le plus grand des trois ? ».

On a pu mettre en évidence une stratégie spatiale (représentation spatiale des personnages énoncés) et une stratégie verbale (analyse verbale de l’information). En fonction des stratégies que les sujets disent utiliser, on forme deux groupes correspondant et on observe les corrélations entre les scores aux tests d’aptitude verbale (V) et spatiale (S) et les temps de traitement des syllogismes (T).

Groupes

Corrélation (T.V)

Corrélation (T.S)

Déclarant utiliser une stratégie verbale

-0.76

-0.08

Déclarant utiliser une stratégie spatiale

-0.28

-0.61

(Les corrélations sont négatives car plus l’individu est fort moins le temps de traitement est long).

Les résultats obtenus avec les corrélations confirment la validité des verbalisations.

On peut donc aborder l’étude des processus et des stratégies cognitives à partir des différences individuelles identifiées à partir d’indices quantitatifs et qualitatifs.

 

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