Psychologie différentielle : CM n°6-7&8 Apports de la psychologie cognitive aux tests d’intelligence Introduction : L’objectif général est de mettre en évidence les processus cognitifs sous-jacents aux scores observés, comprendre les erreurs des sujets. Cette approche est très influencée par le courant du traitement de l’information. Théorie du traitement de l’information : Le système cognitif est un système de traitement de l’information, actif, qui transforme les informations en représentation mentales. L’objectif de la psychologie cognitive est de spécifier les représentations mentales et les processus opérant sur ces représentations pour accomplir une tâche cognitive. Le système cognitif est une architecture cognitive qui comporte plusieurs composantes. Architecture cognitive : Atkinson et Shiffrin (1960) distinguent plusieurs registres de traitement de l’information : le registre d’information sensorielle (passage très berf), la mémoire à court terme, la mémoire à long terme et une structure de contrôle. Mémoire de travail : Plus récemment, le concept de mémoire de travail est venu affiner celui de mémoire à court terme. La mémoire à court terme ne concerne que le stockage de l’information alors que la mémoire de travail concerne le stockage et le traitement. Les tâches de mémoire de travail expliquent mieux la performance dans les tâches complexes que les taches de mémoire à court terme. Le modèle prédominent de mémoire de travail est celui de Baddeley : - La boucle phonologique est chargée du stockage à court terme des informations verbales par un mécanisme d’autorépétition mentale appelé la récapitulation articulatoire. - Le calepin visuo-spatial est chargé du stockage à court terme des informations visuo-spatiales. - L’administrateur central a pour fonction de gérer et coordonner les deux composantes précédents, de contrôler l’allocation des ressources attentionnelles et d’effectuer certains traitements. Illustrations : Mémoire des chiffres : Le modèle de mémoire de travail de Baddeley permet de formaliser les processus en œuvre dans cette épreuve. La mémoire des chiffres à l’endroit fait appel au processus de répétition articulatoire de la boucle phonologique. L’efficacité de cette procédure est liée à la vitesse d’articulation. La mémoire à rebours fait appel à l’administrateur central et à la boucle phonologique car le sujet doit conserver la série de chiffres en mémoire au moyen de la récapitulation articulatoire tout en effectuant un traitement de cette série afin de pouvoir la prononcer à rebours. Nouvelles procédures de la WAIS-III : Le manuel propose de nouvelles analyses statistiques de la différence entre la répétition à l’endroit et à l’envers. Cette analyse montre la prise en compte de certains résultats de la psychologie cognitive sur les tests d’intelligence. Effet de la mémoire à long terme sur la mémoire à court terme : Cet effet est dû au rôle des chunks (structures formant des unités d’informations). Par exemple répéter 1, 4, 9, 2, 1, 7, 7, 6 sera plus facile à retenir pour un Américain que pour un Français s’il repère dans cette séquence les deux groupes suivants : 1492 et 1776 (dates importantes dans l’histoire des Etats-Unis). Code de Wechsler : L’analyse plus précise du code du point de vue des processus impliqués a également entraîné des nouvelles procédures dans la WAIS-III, notamment la procédure d’appariement qui permet de tester ce que la sujet a appris de façon incidente dans le test : on présente uniquement les chiffres et le sujet doit compléter avec les symboles dont il se souvient. Similitudes : Analyse des réponses des similitudes du point de vue des travaux sur les processus de catégorisation : Processus taxonomique : Il consiste à regrouper des objets qui ont des caractéristiques communes. Par exemple, on pourra mettre ensemble une tulipe et un œillet car ils appartiennent à la catégorie sur ordonnées, plus abstraite, des fleurs. Dans les similitudes, certaines réponses sont taxonomiques mais de niveau d’abstraction moins élevé (par exemple tulipe et œillet ont tous les deux une tige : c’est une réponse perceptive, plus concrète). La hiérarchie des catégories sous et sur ordonnées permet la catégorisation taxonomique et fonctionne selon des relations d’inclusion. Dans la relation taxonomique, les deux éléments sont substituables. Ce processus correspond à la quantification de l’inclusion acquise selon Piaget vers 9ans. Processus schématique : Pour regrouper des objets, un enfant peut aussi s’appuyer sur des relations fonctionnelles de contiguïté spatiotemporelle (par exemple la ressemblance entre une pomme et une banane sera qu’ « on les mange »). Le processus schématique précède le processus taxonomique : les enfants plus jeunes sont peu capables de détacher les catégories encore en construction des contextes dans lesquels les éléments ont été rencontrés. Wechsler précise dans la consigne « en quoi une pomme et une banane se ressemblent ? » que si le sujet donne une réponse à 1 point, il faut donner un exemple de réponse à 2 points. Par exemple, si le sujet répond « on les mange », il faut dire « c’est vrai, on les mange toutes les deux mais ce sont aussi toutes les deux des fruits ». Ce type d’aide ne sera donné qu’une seule fois. Très clairement, mais implicitement, le processus taxonomique le plus abstrait est attendu par Wechsler et la notation va le montrer : « le degré d’abstraction de la réponse du sujet détermine sa note. Une similitude exprimée par une catégorisation générale pertinente donne 2 points tandis que le fait de nommer une ou plusieurs fonctions ou propriétés communes des membres de la paire ne donne qu’un point ». La notation des similitudes tient donc compter implicitement des processus taxonomiques et schématiques. La réponse taxonomique abstraite donne 2 points, la réponse taxonomique perceptive, plus concrète donne un seul point et la réponse schématique donne 1 ou 0 point. Pour Wechsler, un score composé de 0 et de 2 points montre des potentialités plus grandes qu’un score composé de 1 points. Les similitudes comprennent également la catégorisation de mots abstraits, peu étudiée dans la littérature (par exemple, en quoi un mètre et un kilo ou encore la colère et la joie, se ressemblent). Les facteurs jouant sur le processus taxonomique sont : - Images VS mots : les mots sont plus favorables à l’abstraction. - Effet de consigne : « mettre ensemble ce qui se ressemble » est plus favorable à l’abstraction que la consigne « mettre ensemble ce qui va le mieux ensemble ». Wechsler a d’ailleurs choisi « sans le savoir » des facteurs favorisant le processus taxonomique. Les cubes de Kohs : Pour Wechsler, le teste des cubes colorés est non seulement un excellent test d’intelligence générale mais un de ceux qui se prêtent admirablement à l’analyse qualitative. Il permet d’observer le type de processus cognitifs utilisés par les sujets. Selon lui, assez curieusement pense-t-il, les individus réussissant le mieux ce test ne sont pas ceux qui voient ou du moins suivent le modèle comme un tout, mais ceux qui sont capables de le fractionner en petites portions. Wechsler pensait que l’on pouvait distinguer, dans l’analyse du comportement, trois aspects : - Le sujet suit la figure ou la décompose. - Le sujet est vif et impulsif ou réfléchi et soigneux. - Le sujet abandonne facilement ou au contraire persévère. Une version informatisée des cubes de Kohs est Samuel. C’est une version cognitive des cubes de Kohs qui permet l’analyse des comportements sous l’angle des processus mis en œuvre. Trois facteurs déterminent la complexité des modèles (figure 16 p 67). - La quantité d’information : 1x le nombre de carrés unicolores + 2x le nombre de carrés bicolores. - La cohérence perceptive : arrêtes internes (limites des cubes apparentes ou non). - La nature de la gestalt : triangle VS bande (figure 17). Deux lois gestaltistes permettent de les analyser : la symétrie et la continuité. La symétrie facilite la segmentation des carrés et leur analyse (triangles). Procédure d’observation : L’icône « voire le modèle » permet d’enregistrer le nombre et le temps des regards du modèle et donc d’évaluer la mémoire de travail (stockage et contrôle de la résolution). L’aire noire de construction est une matrice 6x6 au lieu d’une matrice 3x3. Ceci permet de savoir quelle est la représentation que se fait le sujet du modèle : représentation mentale locale ou globale (ici le sujet aura tendance à dépasser 3x3 carrés). Il y a standardisation des carrés à chaque essai. Processus observés : Deux indices permettent d’analyser les erreurs : segmentation (autocorrection) et anticipation. L’indice d’anticipation mesure le nombre d’essais et d’erreurs de chaque carré. La fréquence des regards permet d’analyser la qualité de la mémorisation et du contrôle de la résolution. Les deux ordres de placement, en ligne ou suivant les gestalts, permettent d’analyser la nature de la représentation mentale : analytique ou synthétique. Trois stratégies observées : - Stratégie analytique : les indices de segmentation du modèle et d’anticipation des carrés bicolores sont élevés car chaque unité du modèle est analysée séparément. L’indice de fréquence des regards est également élevé car chaque quadrant est l’objet d’un contrôle systématique. La mémoire au sens strict du stockage est peu sollicitée puisque le retour au modèle est fréquent. Enfin, l’indice de placement linéaire est élevé : les carrés sont placés séquentiellement en ligne ou en colonne. - Stratégie synthétique : elle consiste à mémoriser et à reproduire les gestalts sans revenir au modèle. Elle exige aussi de bonnes capacités d’analyse du modèle : les indices de segmentation et d’anticipation sont élevés. Elle nécessite enfin une planification de l’activité, la construction des gestalts constituant des sous-buts qu’il fait coordonner. - Stratégie globale : le modèle est perçu comme un tout non différencié : les indices d’anticipation et de segmentation sont faibles. Ils témoignent de moindres capacités d’analyse, du moins dans le domaine spatial. La fréquence des regards dépend des ajustements successifs du modèle. La qualité de la mémorisation n’est pas nécessairement en cause mais la qualité de la représentation. Le défaut d’analyse conduit à mémoriser des informations inexactes. Efficacité de la stratégie : Les stratégies sont qualitativement différentes mais aussi d’efficacité différente. L’efficacité est mesurée par le indices de segmentation et d’anticipation mais aussi par le temps total des résolutions et le temps totale des regards. Qualités psychométriques : Fidélité (tableau 9 p.68) : pour chaque indice, les coefficients de fidélité sont calculés sur la moyenne des quatre modèles à 9 carrés (sachant que le test comprend 6 modèles à 4 carrés et 4 modèles à 9 carrés). La méthode utilisée est celle du test-retest sur des élèves de 5ème (âge de forte variabilité). La fidélité est acceptable compte tenu du nombre d’items. Le deuxième indice entre parenthèse est calculé sur les 40 sujets qui ne changent pas de stratégie, il est plus élevé. Evolution des stratégies avec l’âge figures 8 et 18 p.67) : l’augmentation de la fréquence de stratégies efficaces avec l’âge au détriment de stratégies moins efficaces constitue un premier élément de validité. On constate que le déclin des performances est amorcé vers 50 ans : la stratégie globale augmente. La stratégie synthétique disparaît au profit de la stratégie analytique, néanmoins, chez les adultes de 50 ans mais de niveau d’étude Bac+5, l’augmentation de la stratégie globale n’est plus observée (effet du niveau d’étude). La disparition de la stratégie synthétique au profit de l’analytique persiste. Une étude comparant des novices et des experts en spatial (contrôleurs aériens) montre cette fois la persistance de la stratégie synthétique malgré l’âge plus avancé des experts. Validité théorique concourante (tableau 11 p.68) : il s’agit de la corrélation entre différentes épreuves cognitives et facteur d’anticipation aux cubes de Kohs. |