Psychologie différentielle : CM n°5&6 Evolution des aptitudes avec l’âge Introduction - Phénomène différenciation-dédifférenciation : La structure factorielle n’est pas statique mais dynamique : elle change avec l’âge. Il y a différenciation progressive des aptitudes : on passe d’un facteur général à des aptitudes différenciées avec la maturation (Garrett, 1946) puis il y a dédifférenciation avec le vieillissement (Baltes, et al, 1980). Cette approche pose des problèmes de méthodologie : le phénomène de différenciation/ dédifférenciation a été rarement étudié directement car il faut pour cela un large éventail de tâches et d’âges. Garett a étudié le phénomène de différenciation de l'enfance aux jeunes adultes uniquement et Battles & al. a étudié le phénomène de dédifférenciation durant la vieillesse. Présentation d’une recherche récente (Li et al, sous presse) - Phénomène dissociatif : 15 tests psychométriques saturés en Gf et Gc ont été administrés à un échantillon très large de la population (291 sujets âgés de 6 à 89ans). Les scores des tests psychométriques ont été transformés en T-score (avec moy=50 et ety=10). Analyse factorielle globale (porte sur l’ensemble des sujets) : - L’analyse factorielle donne 5 aptitudes primaires qui définissent dans un second temps les facteurs Gf et Gc. - Gf décline plus tôt que Gc : phénomène dissociatif (renvoie aussi au phénomène de compensation). - Les performances maximales de Gf sont atteintes vers 20ans et connaissent leur déclin vers 30ans. - Les performances maximales de Gc sont atteintes vers 40ans et restent stables assez longtemps. Elles ne déclinent qu’à partir de 70ans. Effet du vieillissement dans les échelles de Wechsler : Wechsler est un des premier à avoir constaté le phénomène dissociatif avec le vieillissement : Gf résiste moins longtemps que Gc. Il parle de tests qui « résistent au vieillissement » et d’autres qui n’y « résistent » pas. Les tests qui résistent, voire qui s’améliorent sont les tests liés aux connaissances et aux savoirs scolaires. Les tests qui vieillissent dès la quarantaine sont des tests liés à des contextes nouveaux (puzzle, découverte d’une histoire ou d’une énigme). Nombre de composantes principales selon l’âge (figure 13 p81) : L’hypothèse de différenciation / dédifférenciation peut être testée par le nombre de composantes principales nécessaires pour rendre compte de la variance totale à chaque âge. On a deux dimensions principales pour les âges 6-11ans, 56-69ans et 70-89ans mais cinq dimensions pour les âges 12-17ans, 18-35ans et 36-55ans. L’hypothèse de différenciation / dédifférenciation est donc confirmée. Importance du premier axe factoriel (première dimension ; figure 14) : Pour les âges 6-11ans et 56-89ans, environ 45% de la variance totale expliquent le premier axe alors que pour les âges intermédiaires moins de 30% de la variance totale expliquent le premier axe, ce qui conforme à nouveau l’hypothèse de différenciation / dédifférenciation. Corrélation entre Gf et GC (figure 15) : La corrélation entre Gf et Gc est supérieure à .70 pour les âges 6-11ans et 56-89ans et entre .35 et .50 pour les âges intermédiaires. La corrélation entre Gf et GC est donc importante aux deux extrémités de la vie ce qui vient encore renforcer l’hypothèse de différenciation / dédifférenciation. Conséquences de la différenciation : La différenciation maximale se situe au moment de l’orientation scolaire et professionnelle. L’évolution de la différenciation a ses conséquences sur la corrélation entre intelligence et réussite scolaire. Selon Reuchlin (1991), on a une corrélation positive entre le facteur g (ou le QI) et la réussite scolaire. Néanmoins, cette corrélation évolue avec l’âge : elle est de .60 à .70 à l’école élémentaire, de .50 à .60 au collège, de .40 à .50 au lycée et de .30 à .40 en enseignement supérieur. Cette diminution de la corrélation est de nouveau une manifestation de la différenciation. Il existe une progression de l’apprentissage pour toutes les tranches de QI (les courbes sont toutes ascendantes) sauf pour la tranche 69-60 (la courbe est quasiment plate). Il existe une corrélation positive entre le QI et l’acquisition de la lecture quel que soit le temps de l’apprentissage (les courbes de QI élevés sont toujours au dessus des courbes de QI plus faibles ; figure 20). Nguyen-Xuan met en relation les tests et la réussite scolaire (tableau 7 p95 ; T est un échantillon de 500 élèves de 5ème, EL 5e/4e est constitué des élèves de l’échantillon T qui sont passés en 4e, soit environ 200 élèves, ainsi que EL 5e/3e est constitué de ceux qui sont passés en 3e soit environ 75 élèves). Les tests numériques corrèlent mieux avec la réussite en maths qu’en français et les test verbaux corrèlent mieux avec la réussite en français (pour l’échantillon T). Ces résultats sont la conséquence de la différenciation. On constate une baisse des corrélations avec la restriction / sélection de l’échantillon (échantillons EL), due à une baisse de la sensibilité. Une enquête nationale sur le niveau intellectuel des enfants d’âge scolaire (figure 19 ; N = 100.000 élèves du CP à la 5ème) a été publiée en 1973. On observe une relation positive entre QI de l’élève et catégorie socioprofessionnelle des parents : plus le milieu des favorisé, plus le QI est élevé. La catégorie socioprofessionnelle explique donc en partie la relation entre le QI et la réussite scolaire. Néanmoins, les ouvriers sont plus nombreux (environ 800.000) que les professions libérales (environ 200.000) et il existe une dispersion du QI dans chaque groupe. 16,4% des enfants d’ouvrier obtiennent un QI supérieur à 110 (soit environ 134.000) et 44,8% des enfants de profession libérale obtienne ces QI (soit environ 90.500). Discussion sur l’approche factorielle : Le phénomène de différenciation / dédifférenciation est un des facteurs expliquant les divergences entre les modèles factoriels : - Spearman a teste des enfants, d’où l’importance du facteur g (faible différenciation). - Thurstone a teste de jeunes adultes, d’où la moindre importance du facteur g (forte différenciation). - Horn et Cattell ont travaillé sur des adultes y compris âgés d’où l’importance des facteurs généraux Gf et Gc (phénomène dissociatif). - Gustaffson a testé des élèves de 6ème (modèle hiérarchique). Conclusion : Le phénomène dissociatif avec le vieillissement explique un autre phénomène : celui de compensation. Dans la vie quotidienne, les âgés compensent leurs pertes en Gf par le maintien de Gc. Il existe une forte variabilité interindividuelle dans l’application des ces stratégies compensatoires notamment due à des différences de niveau d’étude et d’activité intellectuelle et sociale. On constate un effet du phénomène dissociatif sur les études transversales dans le domaine du vieillissement cognitif. Lorsque l’on veut comparer les jeunes adultes et les adultes âgés, des précautions d’échantillonnage doivent être donc prises : les effets du vieillissement ne sont en effet pas homogènes (variabilité interindividuelle), ils sont plus aigus lorsque le nombre d’années d’étude est faible. Il faut donc rendre les groupes jeunes et âgés équivalent soit sur le nombre d’années d’études, soit sur un tests de Gc (comme Vocabulaire par exemple). |