Psychologie différentielle : CM n°3,4&5

L’approche globale de l’intelligence : les échelles de Wechsler

Wechsler a été très influencé par Binet et il pensait comme lui que l’intelligence devait porter sur des contenus divers et  des processus complexes. Le grand apport de Wechsler est sa notion de QI car on utilisait avant le QI de Stern (pas pertinent chez l’adulte). La performance des sujets est transformée en un rang dans son groupe d’âge. Le deuxième apport de Wechsler est qu’il a mis au point l’échelle verbale et de performance alors qu’on reprochait aux tests de Binet d’être un peu trop verbaux. Pour ça, Wechsler a été influencé par l’army test qui avait été mis au point en 1917 par Yerks et qui comprenait jusstement deux sous parties (army alpha et ary beta).

Le calcul d’un QI total est justifié par le fait que des corrélations importantes existent entre tous les subtests de l’échelle de Wechsler. Le QI total correspond au facteur général ou intelligence fluide (Gf). On a ensuite un QI verbal qui est à la fois saturé (en corrélation avec) en Gf et en Gc. Le QI de performance est, lui, saturé en GF et en Gv. Les QI ont ne moyenne de 100 et un écart type de 15. Les saturations des subtests dans ces différents facteurs sont plus ou moins importantes.

Saturation des différents subtests de l’échelle verbale

Subtests

Gf

Gc

Vocabulaire

0.78

0.86

Information

0.75

0.73

Similitude

0.75

0.73

Arithmétique

0.69

0.50

Mémoire des chiffres

0.47

0.33

 Compréhension

0.69

0.70

 

Saturation des différents subtests des performances

Subtets

Gf

Gv

Cube

0.69

0.74

Complètement d’image

0.58

0.49

Arrangement d’image

0.63

0.47

Assemblage d’objet

0.59

0.67

Code

0.40

0.39

Tableau 4 p 63 : nouvelle organisation factorielle qui se divise en 4 indices : compréhension verbale et mémoire de travail (qui forment l’échelle verbale) et organisation perceptive et vitesse de traitement (qui forment l’échelle de performance). Les 4 indices s’interprètent comme les QI avec une moyenne de 100 et un écart type de 15.

L’échelle verbale comrpend donc le cluster ICV, IMT et le subtest de compréhension qui consiste à poser des questions sur les comportements qu’il est souhaitable d’adopter dans diverses situations. L’échelle de performance comprend le cluster IOP, IVT et le subtest de l’arrangement d’image qui consiste en items constitués de 6 cartes racontant une histoire dans le désordre à remettre dans le bon sens. En optionnel, il  y a aussi l’assemblage d’objet qui consiste à reconstituer des figures découpées à partir de leurs morceaux.

Caractéristiques de l’étalonnage : normes pour la WAIS-III :

Les normes sont fondées sur des groupes considérés comme représentatifs de la population française adulte âgée de 16 à 89ans. Un plan d’échantillonnage a été construit sur la base du recensement général de la population de 1990 afin d’assurer la représentation de toutes les catégories d’adultes dans l’échantillon d’étalonnage. Quatre critères ont été choisis :

-          L’âge : l’échantillon est divisé en 10 groupes d’âges correspondant à ceux de l’INSEE. Chaque groupe comprend entre 78 et 100 sujets.

-          Le sexe : un nombre égal d’hommes et de femmes est pris dans chaque groupe d’âge (sauf à partir de 70ans où les femmes sont plus nombreuses).

-          La catégorie socioprofessionnelle : l’échantillon a été stratifié selon 8 catégories socioprofessionnelle issues des statistiques de l’INSEE.

-          La catégorie de commune : les proportions d’urbains et de ruraux, de sujets dans chaque région etc. sont respectées dans l’échantillon.

Autres caractéristiques prises en compte : il a été également tenu compte du niveau d’étude (<CEP, <BAC, BAC, BAC+1, BAC+2, >BAC+2). L’échantillon ne comprend pas de sujets déficients mentaux en institution, de sujets souffrant de troubles cérébraux ou d’handicaps physiques pouvant entraver l’épreuve.

Les notes standardisées :

Elles se calculent par groupes d’âge, aussi bien pour le WISC-III que pour la WAIS-III. Il y a eu changement entre la WAIS-R (vue en TD) et la WAIS-III. Dans la WAIS-R, un groupe de référence d’adultes de 20-34ans était utilisé pour convertir les notes brutes en notes standardisées. Dans la WAIS-III, la conversion est réalisée en se référant aux résultats du groupe d’âge du sujet examiné. Il y a deux raisons à ce changement : les performances les plus élevées n’apparaissaient pas nécessairement entre 20 et 34ans (notamment pour les subtests verbaux et en particulier pour Vocabulaire et Information) et les notes standardisées des sujets âgés risquaient d’apparaître « anormale » en regard du groupe 20-34ans et ainsi d’être mal interprétées.

La procédure de calcul des notes standardisées (p64) se fait en plusieurs étapes :

-          Les notes brutes sont d’abord transformées en note z.

-          Puis les notes z sont transformées en notes T (note de Hulle) par la formule suivante : T = z . ety(st) + m(st) avec ety(st)=3 et m(st)=10 (choix arbitraires). La note z varie approximativement de -3 à +3, a pour moyenne 0 et pour écart type 1. La note T varie donc entre 1 et 19 pour les notes standardisées.

-          Normalisation : les notes T sont normalisées en fonction de la courbe de Gauss (cf. étalonnage en 5 classes vu en 1ème année, ici réalisée en 19 classes). Chaque note standardisée peut ainsi être située dans l’échantillonnage sous forme de pourcentage (de même pour le QI qui suit la même transformation).

Détermination des QI et des indices factoriels :

Une fois déterminées les notes standards, on obtient le QI ou l’indice factoriel en ajoutant les notes standards du cluster correspondant et on lit sur une table le QI ou l’indice factoriel correspondant. Une seule table de correspondance existe car les notes standards ont déjà été calculées en tenant compte de l’âge du sujet (contrairement à la WAUS-R où c’est l’inverse : plusieurs tables à la fin).

Rangs percentiles :

A chaque valeur de QI ou d’indice factoriel correspond un rang percentile qui permet de situer directement le sujet dans l’échantillon d’étalonnage, sous forme de pourcentage (par exemple, pour un QI de 105 l’indice percentile est de 63 : 63% des sujets font moins bien).

Signification de chaque subtest (Wechsler, 1973, 2000 ; Grégoire, 1992, 2000 ; Bourges, 1984) :

Information (ICV) :

« Que signifie l’ONU ? » par exemple. C’est une évaluation de connaissances non-spécialisées. Il n’évalue pas l’intelligence à l’œuvre mais les fruits de son activité passée. Il y a influence du milieu culturel et de la scolarité. Il évalue aussi l’intérêt à la vie sociale.

Vocabulaire (ICV) :

« Que veut dire héréditaire ? » par exemple. Il évalue la capacité d’apprentissage. La définition des mots renvoie à la qualité des processus de pensée. Il y a influence du milieu culturel et de la scolarité. Il met aussi en jeu la qualité de la verbalisation et notamment de la communication verbale avec autrui. S’il est échoué, il sera à mettre en relation avec les subtests où la verbalisation n’est pas indispensable.

Similitudes (ICV) :

« En quoi une récompense et une punition se ressemblent-elle ? » par exemple. Il mesure l’aptitude à constituer des classes hiérarchisées s’emboîtant les unes dans les autres. Il faut faire abstraction des détails et se concentrer sur l’essentiel. Il évalue le caractère logique de la pensée, les capacités de généralisation. Il est peu influencé par le milieu (culturel et scolaire).

Compréhension :

« Que veut dire l’habit ne fait pas le moine ? » par exemple. Il mesure l’aptitude à faire fac aux problèmes de la vie sociale. Une partie des items évalue l’acquisition des conventions sociales et du sens moral. Il présuppose l’intégration de l’éducation parentale et des normes sociales. Il s’analyse en regard de l’Arrangement d’image. Il est relativement indépendant des acquisitions scolaires. Il fait partie du QI verbal mais pas de l’indice de compréhension verbale (ICV).

Arithmétique (IMT) :

« Pierre a deux fois plus d’argent que Vincent. Pierre a 99 francs. Quelle somme d’argent possède Vincent ? » par exemple. Il évalue les acquisitions scolaires dans la manipulation des quatre opérations, l’habitude du sujet à manier les chiffres. Il y a influence de l’attention et des émotions (surtout de l’anxiété) car les énoncés sont présentés oralement et les problèmes sont chronométrés. Il évalue la capacité de mémoire de travail (traiter et mémoriser des résultats intermédiaires) et la capacité de représentation mentale de situations concrètes.

Mémoire des chiffres (IMT) :

Il s’agit de répéter dans l’ordre et à l’envers une série de chiffres. Il évalue la qualité de l’attention. Le rappel des chiffres à l’endroit évalue la mémoire à court terme et celui des chiffres à l’envers, la mémoire de travail (stockage de la série et simultanément, traitement de la série pour la mettre en ordre inverse).

Séquence lettres – chiffres (IMT) :

On donne « T-9-A-3 » et le sujet doit répondre « 3-9-A-T » par exemple. Il évalue la mémoire de travail. Il a été ajouté à l’échelle pour renforcer le cluster d’indice de mémoire de travail (IMT) mais ne fait pas partie du calcul du QI car le poids des processus de mémoire de travail serait alors trop important pour le résultat global du QI.

Complètement d’image (IOP) :

On a un dessin d’un broc d’eau penché et où l’eau ne coule pas, et le sujet doit détecter cette anomalie, par exemple. Il évalue la capacité à discriminer l’essentiel de l’accessoire sur une image familière. Le sujet doit comparer l’image visuelle avec l’image en mémoire à long terme. Il est lié à la dépendance – indépendance à l’égard du champ (DIC) car les sujets doivent passer de la perception globale de l’objet à son analyse en détail.

Cubes (IOP) :

Il évalue l’intelligence générale sur un support visuo-spatial indépendamment du langage (inspiré des cubes de Kohs). Il s’analyse en regard des Similitudes. Il est très sensible au vieillissement et aux altérations cérébrales. Il est lié à la DIC car les sujets doivent passer de la perception globale à l’analyse en détail. Il se prête très bien à l’analyse qualitative des processus (sera revu ultérieurement). Si des troubles instrumentaux ou affectifs ne l’altèrent pas, le résultat à cette épreuve correspond à la note globale la plus probable d’un sujet.

Matrices (IOP) :

C’est un raisonnement logique sur un support visuo-spatial. Il mesure la capacité à découvrir des règles qui lient les différents éléments de la matrice. Il est venu remplacer l’Assemblage d’objets dans le QI de performance car celui-ci était considéré comme trop sensible au chronométrage et défavorisait les personnes âgées. Pour la même raison, l’Assemblage d’objets ne fait pas partie du cluster IOP.

Arrangement d’images :

Il s’agit de remettre des images en ordre pour qu’elles racontent une histoire. C’est une application de l’intelligence à des situations sociales du fait que les histoires mettent en scène des situations humaines et pratiques. Le sujet doit de nouveau être capable de distinguer l’essentiel de l’accessoire et intégrer l’ensemble des images dans une histoire englobante. Il évalue l’aptitude à planifier logiquement et temporellement. Il s’analyse en regard de Compréhension.

Assemblage d’objets :

Il s’agit de reconstituer un puzzle à partir d’images familières (par exemple une maison). Il mesure la capacité d’organisation spatiale et est lié à la DIC. Il faut analyser des stimuli visuels et leur donner sens sous forme d’une représentation mentale de l’objet. Il ne fait pas partie du calcul de QI et ne fait pas partie de l’IOP.

Code (IVT) :

Il s’agit de faire correspondre des symboles avec des chiffres. Il mesure la capacité de concentration, d’attention ainsi que la vitesse de traitement. C’est la seule épreuve d’apprentissage incident de l’échelle (mémoire visuelle à court terme). Il est très sensible aux altérations cérébrales et aux effets du vieillissement. Il est lié au désir de réussir, à l’investissement de la scolarité.

Symbole (IVT) :

Il a été ajouté à l’échelle pour renforcer le cluster IVT mais il ne fait pas partie du calcul du QI car le poids des processus de vitesse de traitement serait trop important pour le résultat global du QI.

Groupement selon Bourgès (clinicienne) :

-          Conceptualisation (facteur g) : Similitudes + Cubes.

-          Adaptation scolaire (et/ou investissement de la scolarité) : Information + Arithmétique + Code + Vocabulaire.

-          Adaptation sociale (et/ou investissement de la sociabilité) : Compréhension + Arrangement d’image + Information

-          Représentation mentale : Arithmétique + Mémoire des chiffres + Cubes

-          Structuration spatiale et latéralisation : Cubes + Assemblage d’objet

-          Mémoire : Mémoire des chiffres + Code + Information + Vocabulaire

Notion d’erreur de mesure (sem):

Sem = ety . racine carrée de 1-r(x,x) où r(x,x) est le coefficient de fidélité de la variable. Plus r(x,x) est grand, plus 1-r(x,x) sera petit et donc plus sem sera petite.

L’erreur de mesure s’exprime en unité d’écart type. Il faut donc éviter de comparer l’erreur de mesure des subtests et celle du QI et des indices factoriels car elle est basée sur des écarts types différents (3 pour les subtests et 15 pour les QI ; p64 en bas).

L’erreur de mesure permet l’analyse de la variabilité intra-individuelle. Elle permet aussi d’analyser les différences entre les QI et les indices factoriels et de déterminer l’intervalle de confiance des QI et des indices factoriels.

Variabilité intra-individuelle :

Pour interpréter correctement les notes standards et leur attribuer une force ou une faiblesse, il faut s’assurer que la note obtenue dévie de façon significative (à un seuil donné) de la moyenne des notes standards (par exemple, pour une note standard de 15 au Vocabulaire, sachant que la moyenne est de 10.14 on a un écart de 4.86. Or une différence de 2.55 est significative à .05 donc le vocabulaire montre une force chez ce sujet).

Un autre critère statistique est utilisé pour déterminer les forces et faiblesses d’une personne : les différences obtenues par différents pourcentages de l’échantillon d’étalonnage (par exemple 2% de l’échantillon obtient une différence de 4.86).

Différences entre les QI et les indices factoriels :

Les deux même principes que précédemment s’appliquent (par exemple, pour un sujet de 45ans, la différence entre QIV et QIP est significative à .05 à partir de 8.93 points de QI. De plus, on sait qu’une différence de 6 points entre le QIV et le QIP est partagé par 64% de l’échantillon d’étalonnage).

Intervalle de confiance :

Pour interpréter correctement une différence entre les QI ou entre les indices factoriels, on utilise l’intervalle de confiance. Le principe est qu’un sujet qui obtient un QI donné n’obtient pas nécessairement sa « vraie » valeur de QI. Du fait de l’erreur de mesure, le vrai QI du sujet se trouve vraisemblablement (à un seuil donné) dans une zone de notes autour de la note observée (par exemple, un sujet de 65ans qui obtient un QI de 102 a 95% de chances pour que son vrai QI se situe dans l’intervalle 97-108). Plus l’erreur de mesure d’une note est grande, plus l’intervalle de confiance sera étendu.

Interprétation des différences entre QI :

Il faut s’assurer que la différence existe d’un point de vue statistique : il faut qu’elle soit supérieure à l’erreur de mesure et peu fréquente dans l’échantillon. Il ne faut pas oublier que l’interprétation des QI peut être influencée par l’existence de différences importantes entre les notes aux subtests qui les composent. Plusieurs interprétations sont possibles pour une même différence :

QIV > QIP :

-          Il faut vérifier les conditions sociale et culturelles d’éducation. Les enfants de milieu culturellement aisés ont des opportunités d’apprentissage plus importantes que les autres enfants.

-          Une faiblesse de DIC peut faire apparaître une augmentation du QIV car trois subtests (Complètement d’image, Cubes et Assemblage d’objet en optionnel) appartiennent au QIP.

-          Le stress joue un rôle car la plupart des épreuves de QIP sont chronométrées.

-          Une atteinte neurologique (asymétrie hémisphérique : lésion de l’hémisphère droit) peut entraîner une baisse de QIP.

QIV < QIP :

-          Atteinte neurologique (asymétrie hémisphérique) : une baisse du QIV peut être due à une lésion de l’hémisphère gauche.

-          Troubles de l’apprentissage.

Différences entre les QI et les indices factoriels :

Une différence entre QIV et QIP peut être approfondie par l’existence ou non d’une différence entre ICV et IMT d’une part, et entre IOP et IVT d’autre part. En effet, les QI incluent des subtests de mémoire de travail (IMT) ou de vitesse de traitement (IVT) tandis que les indices ICV et IOP ne les incluent pas. L’interprétation peut donc être affinée.

 

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