Psychologie différentielle : CM n°12 Educabilité cognitive Définition : L’éducabilité cognitive est une méthode et des programmes destinés à améliorer l’efficience intellectuelle. On parle d’éducation cognitive si l’objectif est la prévention, et de remédiation cognitive si l’objectif est l’amélioration. Il faut accepter deux postulats pour parler d’éducabilité cognitive : - L’intelligence est modifiable (éducable) ; les structures cognitives peuvent être modifiées. - Une conception générale de l’intelligence : « l’intelligence s’exprime grâce à une ensemble de savoir-faire cognitifs relativement généraux, mobilisés dans un grand nombre de traitements différents » (Paour). Repères historiques : Les premiers travaux sont des travaux empiriques au 19ème siècle : des études de cas, intéressants mais difficilement généralisables. Puis viennent les travaux de Binet qu’il nomme « l’orthopédie mentale ». Des travaux ont eu lieu dans les années 40 aux Etats-Unis sous l’initiative de Skeels : il travaille avec des enfants retardés mentaux, notamment deux enfants de 17 mois à déficit constaté, placés dans une institution spécialisée avec des enfants plus âgés qu’eux. Ces conditions engendrent une sur-stimulation de ces enfants (par les jeux et activités plus complexes, les sollicitations du personnel). Skeels notera que le retard sera rattrapé à la suite de cette prise en charge. Il va reproduire expérimentalement ces constatations avec les mêmes résultats. Plus tard, les psychologues vont déserter le champ de l’éducabilité cognitive et l’intérêt reviendra avec l’approche piagétienne et le rôle médiateur que peut jouer l’environnement. Populations concernées : - Individus présentant des déficits spécifiques (d’ordre cognitif ou sensoriel). - Individus en situation d’impasse sociale (difficulté à trouver ou retrouver un emploi par exemple). - Elèves en échec scolaire. Ces populations présentent des caractéristiques communes : - Sous fonctionnement cognitif (phénomènes de lenteur, de fixation, d’inachèvement). - Difficultés de mobilisation des outils cognitifs (problème d’apprentissage, de mémoire). - Problèmes de personnalité (ou de comportement face à des situations d’apprentissage : impulsivité, inhibition, passivité etc.). Caractéristiques communes aux méthodes d’éducabilité cognitive : - Poser des repères et des limites à la situation d’apprentissage (donner du sens à la situation d’apprentissage). - Intervenir sur les facteurs motivationnels et émotionnels (restaurer l’estime de soi, la motivation etc.). - Aide à la maîtrise des outils cognitifs et à leur transformation progressive. Exemple de programme : Head Start (Etats-Unis) : Il a été mis en place dans les années 60 dans 13000 centres pré-scolaires pour les enfants issus de milieux sociaux défavorisés et âgés de moins de 5 ans. L’objectif est d’aider à la réussite scolaire en primaire. L’évaluation de l’efficacité du programme est basée sur la comparaison de groupes contrastés (groupes ayant bénéficiés du programme pendant 1 ans, pendant un été seulement, et pas du tout). Il n’y a pas d’effet de la durée du programme. Par contre, il y a un effet du programme lui-même car les résultats sont meilleurs pour les enfants en ayant bénéficié. L’effet n’est qu’à court terme et non à long terme (enfants testés après le primaire : pas de différences). En France : On estime qu’il existe une cinquantaine de programmes d’éducabilité cognitive de valeurs extrêmement diverses comme par exemple : - Les ARL (ateliers de raisonnement logique) conçus par Higelé, centré sur les aptitudes logico-mathématiques. - Les ACIM de Planchon : on présente des symboles et il faut trouver les règles mathématiques qui les organisent. On alterne travaux individuels et mise en commun des solutions en groupe. Le médiateur ne donne pas de solution. - Le PEI (programme d’enrichissement instrumental) de Feurstein : c’est le plus utilisé dans le monde. Il est destiné aux problèmes d’apprentissage ou sociaux dus à des situations traumatisantes. Il est conçu pour des enfants de plus de 8 ans, des adultes illettrés et, pour certaines versions, à des déficients mentaux. Il est composé d’épreuves inspirées des épreuves non verbales. La durée est longue : une centaine d’heures par an pour un programme qui peut durer jusqu’à 3 ans. On a des exercices de type : organisation de points, orientation dans l’espace, comparaison de figures géométriques, perception analytique, classification, relations familiales ou temporelles, progressions numériques, syllogismes, relations transitives (plus grand, plus petits etc.) et illustrations. Les séances se déroulent comme suit : o Présentation du problème et commentaires des consignes. o Alternance de phase de travail individuel et de phase de mise en commun des procédures trouvées et discussions sur leur pertinence. o A chaque étape, intervention du médiateur pour aider à transférer les acquisitions. Evaluation de l’efficacité des méthodes : - ARL : pas de transfert des apprentissages à d’autres situations que celles des ARL. - PEI : développement d’un mode de pensée plus réfléchi et analytique (pas d’effet global sur les capacités verbales, pas d’effet important sur les capacités de planification, la mémoire, la vitesse perceptive, les acquisitions logiques). Les différences entre groupes sont faibles. Peu d’études (3/28) montrent un effet positif à long terme sur la réussite scolaire. Il y a amélioration de la confiance en soi. Il est difficile d’évaluer l’efficacité des méthodes par les méthodes classiques (fidélité et validité perdent ici leur sens). Les résultats semblent indiquer des positifs pour certaines méthodes mais seulement à court terme surtout. |