Psychologie du développement : CM n°3 & 4

Jean Piaget (1896-1980) :

L’homme et son œuvre :

Il est une révolution et a joué un rôle fondamental dans la psychologie du développement. Il a écrit plus de 700 publications. Sa première publication, il l’a faite à 11 ans sur un moineau albinos.

Il vient à Paris en 1919 et rencontre des psychologues, des philosophes, et s’intéresse à la psychanalyse. Il s’intéresse plus aux mauvaises réponses qu’aux bonnes pour les tests sur les enfants.

On distingue trois ancrages importants dans les théories de Piaget :

Épistémologique :

Réflexion critique sur la science du type qu’est-ce que la connaissance ? La réponse classique consiste en l’histoire des sciences mais pour Piaget il faut aller chercher du côté de l’histoire des individus en décrivant les mécanismes d’acquisition des connaissances en fonction du développement. Il met en évidence les mêmes processus chez le bébé que chez un chercheur et introduit la notion de principes généraux.

Biologique ou épi génétique :

L’épigenèse est l’étude biologique du développement. Le fondement de la théorie de Piaget est biologique. L’intelligence s’inscrit dans le mouvement général de la vie à travers différents types d’adaptations. Deux fonctions fondamentales sont mises en avant : l’adaptation et l’organisation.

Structuraliste logico-mathématique :

La pensée a une structure logique et donc il existe une liaison entre les structures de la pensée scientifique et la genèse de la logique de l’enfant.

L’approche Piagécienne et les autres théories du développement :

La théorie de Piaget est interactioniste (interaction entre l’individu et l’environnement) et non-maturationniste (maturation du système nerveux central). Il n’est pas innéiste mais n’est pas non plus empiriste car chez lui le sujet est actif (il ne subit pas le modelage de l’environnement comme l’entendait Watson).

Concernant la mesure de l’intelligence il n’en pense pas beaucoup de bien. Il ne s’intéresse pas aux différences individuelles (contradiction avec les tests Piagéciens) mais aux processus généraux d’acquisition de la connaissance pour définir le fonctionnement de l’intelligence. Le sujet épistémique (abstraction : l’être humain en tant qu’intéressé à la connaissance) est universel. Tout individu possède une même intelligence dans toutes les cultures.

Il s’oppose au fonctionnalisme de Wallon (qui s’est intéressé au sujet réel, dans sa totalité).

Principaux concepts :

Rapport entre la biologie et la logique ?

La réponse à cette question est l’homme. La biologie est le point de départ et la logique le point d’arrivée : le développement de l’intelligence tend vers un fonctionnement de plus en plus logique.

La définition de l’intelligence :

L’intelligence est adaptation : il s’agit d’une fonction biologique et donc il y a une continuité entre les mécanismes élémentaires et le mécanisme le plus compliqué du fonctionnement du vivant : l’intelligence. Donc toute acquisition de connaissance n’est pas une copie du réel mais le résultat d’une activité.

Concepts clés :

Processus d’assimilation et d’accommodation : deux mécanismes différents qui conduisent à l’adaptation :

-          Assimilation : toute donnée extérieure est intégrée par le sujet dans une structure antérieure qu’il possède. (En physiologie l’exemple est la digestion : absorbés, transformés, assimilés. De même en psychologie 3+3=6 précède 3x2=6 : un enfant ne peut apprendre la multiplication que s’il possède la structure de l’addition. On ne peut pas comprendre des concepts complexes si l’on a pas assimilé des concepts simples). La signification accordée aux connaissances dépend des structures préexistantes. Assimiler c’est toujours assimiler à (une structure déjà existante).

-          Accommodation : l’activité par laquelle la structure que possède le sujet à un moment donné se modifie pour s’ajuster à une modification de l’environnement. Il y a des cas où l’assimilation devient impossible et c’est à ce moment là que le mécanisme d’accommodation se met en marche pour changer les mécanismes de pensée et permettre cette assimilation. C’est donc un mécanisme complémentaire qui est actif. Il y a possibilité ou non que l’accommodation se fasse (Dans l’exemple de l’addition et de la multiplication, la structure de l’addition est nécessaire mais pas suffisante : il faut une réorganisation en une structure nouvelle et plus complexe, c’est l’accommodation). L’accommodation débouche sur une assimilation plus performante.

Dans sa description du fonctionnement psychologique de l’enfant, Piaget privilégie l’assimilation mais l’adaptation est un principe d’équilibre entre les deux mécanismes qui sont plus complémentaires qu’antagonistes.

Piaget se distingue des innéistes (maturation ou connaissance innées) et des empiristes (passivité du sujet). Pour lui, le sujet est actif d’où l’appellation de sa psychologie comme interactioniste. Pour Piaget il faut une maturation, un milieu et une activité.

La notion de schème :

C’est une structure, une organisation dans laquelle les éléments du réel sont intégrés. C’est une entité abstraite qui regroupe une série d’activités particulières de l’enfant. C’est le dénominateur commun à ces activités. C’est une unité de base de toute activité intellectuelle (qui repose donc sur un ensemble de schèmes). Il y a des schèmes (présents à la naissance pour certains) sensori-moteurs (ex : succion : schème réflexe présent à la naissance), perceptifs, symboliques. Les schèmes ne sont jamais stables. Ils se transforment par l’activité du sujet. L’activité est la condition essentielle de l’adaptation.

Adaptation et organisation :

Par les schèmes d’action, l’enfant structure ses actions et par la même, structure sa pensée. L’idée d’organisation est inséparable de l’adaptation (l’adaptation est active, elle est aussi organisatrice). L’adaptation est le processus visible de l’extérieur (recto) et l’organisation est invisible mais aussi importante (verso). « L’organisation c’est l’intelligence elle-même ». Mais c’est aussi, à un autre niveau, la fonction du vivant.

L’équilibration :

C’est une compensation active opposée par le sujet aux perturbations extérieures subies ou anticipées. Il y a équilibration (ou autorégulation) entre les fonctions d’assimilation et d’accommodation (cf. Homéostasie de Claude Bernard : équilibre au niveau physiologique, du fonctionnement interne).

Les opérations :

Chaque étape du développement correspond à l’élaboration d’une structure d’action puis d’une structure d’opération. Le point d’arrivée du développement de l’intelligence est la pensée logico-mathématique. Les opérations sont des actions intériorisées c’est à dire pensées (la pensée vient de l’action). L’enfant peut alors se représenter le résultat d’une opération sans l’effectuer et donc l’intelligence est devenue logico-mathématique.

Les opérations sont organisées sous forme de « groupes » ou « groupements ». L’acquisition de ces groupements d’actions ou d’opérations achève le processus à un stade de l’intelligence.

Notion de stades :

Selon Piaget, le développement se fait par stade (et non de manière continue). Un stade est une période de (relative) stabilité dans le développement. Un changement de stade est donc un période d’instabilité : développement discontinu.

Le développement de l’intelligence se fait en trois stades divisés en sous-stades et ces trois stades correspondent aux trois structures cognitives qui se constituent de la naissance à l’adolescence. La limite supérieure d’un stade est le point d’équilibration atteint à un moment donné (fermeture d’une structure). Il s’ensuit un déséquilibre nécessaire pour que se reconstruise un stade ultérieur.

Les 3 stades sont :

-          Le stade sensori-moteur (0-18 mois) : pour beaucoup d’auteurs, cette période était descriptive et limitée par le langage alors que Piaget introduit le fait que c’est par l’action de l’enfant que celui-ci apprend des choses. Ce stade précède le langage. Dans cette période s’organisent les schèmes sensori-moteurs. Ils sont des actes d’intelligence pratique. Le bébé n’a pas de « pensée » c’est à dire de « représentation » avant la fin de ce stade. (Pour Piaget la représentation n’apparaît pas avec le langage mais peut apparaître avant). Le bébé n’a pas accès à un système symbolique. C’est une intelligence pratique comme celle d’un animal.

-          Le stade des opérations concrètes (18 mois-11/12 ans) : il s’agit d’opérations concrètes sur des objets. Il débute avec la mise en place de la fonction sémiotique (langage, symboles du jeu, images). Il y a début de véritables représentations. L’action du bébé s’intériorise en « opération ». Les opérations sont concrètes parce qu’elles portent sur des objets (classification, sériation, construction du nombre…).

-          Le stade des opérations formelles (11/12 ans – 14/16 ans) : l’enfant est capable d’effectuer des opérations abstraites comme les catégories et se caractérise par les opérations propositionnelles (« si … alors … »).

Les stades piagéciens :

Le stade sensori-moteur :

Les premiers schèmes du bébé vont des schèmes réflexes (différence entre réflexe et schème réflexe / différence entre béhaviorisme et constructivisme). La réaction circulaire débute quand le schème d’action est répété en raison d’un résultat intéressant (conditionnement => renforcement). Elle est dite primaire lorsqu’elle intéresse le corps propre de l’enfant et secondaire lorsqu’elle porte sur des objets extérieurs.

L’étape majeure est l’acquisition de la coordination préhension-vision (capacité du bébé d’attraper un objet qu’il voit) et donc la coordination des schèmes : assimilation du schème tactile par le schème visuel. Le bébé devient capable d’une activité efficace sur son environnement en en tenant compte dans ses intentions. L’intentionnalité est un début d’intelligence. Les buts et les moyens sont clairement différenciés. Les différents schèmes d’action se coordonnent entre eux (ex : tirer un cordon attaché au toit du berceau : schème moyen ; pour obtenir la chute de l’objet désiré : schème but).

Dans réaction circulaire tertiaire, le bébé ne répète plus les schèmes tels quels mais les gradue, les varie de façon à découvrir les fluctuations des relations action-conséquence : c’est le « bébé physicien » de Piaget.

Le sous-stade 6 est le trait d’union entre l’intelligence pratique et la pensée symbolique. Devant un problème nouveau le bébé réfléchit et trouve la réponse correcte avant d’agir. C’est ce qu’on appelle l’insight. Il y a apparition de conduites imitatives, d’abord immédiates puis différées. C’est le révélateur principal de la représentation symbolique : sémiotique.

Les acquisitions de ce stade sont : la permanence de l’objet, le groupe pratique des déplacements (relations espace / temps).

La permanence de l’objet :

« Et si les objets cessaient d’exister quand on ne les regarde plus ? » Question fondamentale inventée par Piaget. Le développement de la permanence de l’objet se fait comme suit :

-          1/2 mois : absence de réaction à la disparition de l’objet.

-          3/4 mois : réaction si l’on cache l’objet désiré par le bébé.

-          4/7 mois : anticipation du bébé pour le point d’arrivée des déplacements d’un objet mobile. Il est capable de revenir à un objet proche si on l’en distrait. Il peut prendre un objet partiellement caché mais en est incapable s’il l’est complètement.

-          8/9 mois : Le bébé va chercher l’objet derrière un écran mais échoue s’il y a deux écrans (erreur du stade 4 : erreur A non B).

-          11/12 mois : Le problème précédent est résolu mais le bébé échoue dans le cas de déplacement invisible.

-          15/18 mois : L’objet est retrouvé même si les déplacements sont invisibles : permanence de l’objet.

Le stade de préparation et de mise en place des opérations concrètes :

La pensée symbolique (2 à 4 ans) :

La pensée symbolique a été étudiée à travers trois activités qui n’ont pas le même statut :

-          Le jeu symbolique

-          Le dessin

-          L’image mentale

Dans le jeu symbolique, Piaget distingue trois niveaux :

-          Le jeu du “faire semblant” (18 mois) : le symbole n’est pas encore libéré de la conduite propre du sujet.

-          Le jeu du “faire comme si” (18 mois / 2 ans) : utilisation d’instruments symboliques

-          Le jeu imaginaire (3/4 ans): l’enfant invente un personnage imaginaire et fait comme s’il était réel. La motivation du jeu est l’assimilable plus ou moins déformante du réel au moi de l’enfant. Vers 4/7 ans, les jeux symboliques se rapprochent du réel et vers 7/8 ans, le jeu symbolique est remplacé par le jeu de règles.

La pensée  pré-opératoire :

La pensée de l’enfant reste imagée et influencée par la perception. L’enfant est dans l’incapacité à démontrer ce qu’il croit.

L’intuition simple entraîne des schèmes rigides et irréversibles (4/5 ans)

L’intuition articulée: schème plus souple et apparition de la capacité d’anticipation (5/6 ans)

Le stade des opérations concrètes :

Apparition de la notion de conservation : construction d’un second invariant en dépit des transformations de la matière : conservation de la substance, du poids, du volume, des longueurs, des quantités discontinues, des gaz...

 

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